Elle nous a fait asseoir, a ravivé le feu en y jetant des brindilles sèches et nous a offert du maté et des galettes frites. Le visage de la vieille dame était sillonné de milliers de rides, ses yeux nous regardaient avec attention et elle s'exprimait toujours avec un doux sourire qui embellissait ses lèvres flétries. Elle nous a demandé si nous aimions ses galettes, nous lui avons répondu que oui car elles étaient vraiment délicieuses et je me suis permis de lui demander si elle vivait seule.
— Seule ? Non. Je vis avec le chien, les moutons, les plantes et les fleurs, a-t-elle répondu d'une voix sereine, avec l'accent lent et traînant des gens du Sud, cette façon de parler que j'aime, que je n'ai trouvé dans aucun autre endroit de la terre et qui donne à ma langue des proportions gigantesques car les gens du sud du monde modulent les mots en ayant conscience de leur caractère fondateur. C'est ainsi qu'ils donnent vie à ce qu'ils nomment, qu'ils peuplent la dureté de la steppe.
Luis Sepúlveda et Daniel Mordzinski, Dernières nouvelles du sud
Traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg
Éditions Métaillé, 2012