#135

Le marchand sogdien reprend la parole :
— Pourquoi es-tu venu par ici ? Ton livre va-t-il indiquer le nombre de jours de voyage entre les villes marchandes, et les marchés qu’on y trouve ?
— Non, mes marchés ne sont pas les tiens. On se créé ses propres pays.
— En effet. Quand j’ai commencé le commerce du cuivre et de l’indigo, toutes les villes sont devenues cuivre et indigo. (Il attend.) C’est seulement quand on vieillit et qu’on ne bouge plus que les pays cessent de changer. Ils s’installent dans votre tête comme des objets…
— (Agacé.) Pas forcément.
— … Eh bien, si tu regardes en arrière, tu verras que les villes forment une longue procession qui ne mène à rien. C’est beau à sa façon et, à une époque, ça a suffi à te faire voyager. Mais voudrais-tu que cela continue toujours ?
— Je veux dormir…

Colin ThubronL’ombre de la route de la soie
Traduit de l’anglais par Katia Holmes
Gallimard, 2006

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