Category Archives: Albert Camus

#55

Il est 2 heures du matin. La chaleur, la poussière et la fumée des cigares, l’odeur humaine, rendent l’air irrespirable. Je sors, chancelant moi-même, et enfin respire avec délice l’air frais. J’aime la nuit et le ciel, plus que les dieux des hommes.

Albert Camus, Amérique du sud, juin à août 1949
in Journaux de voyage
Gallimard, 1978

#54

Manhattan. Quelques fois par-dessus les skyscrapers, à travers des centaines de milliers de hauts murs un cri de remorqueur vient retrouver votre insomnie au cours de la nuit et vous rappeler que ce désert de fer et de ciment est une île.

Albert Camus, États-Unis, mars à mai 1946
in Journaux de voyage
Gallimard, 1978

#53

Nouvelle-Angleterre et Maine. Le pays des lacs et des maisons rouges. Montréal et les deux collines. Un dimanche. Ennui. Ennui. La seule chose drôle : les tramways qui ressemblent par la forme et la dorure aux chars de carnaval. Ce grand pays calme et lent. On sent qu’il a tout ignoré de la guerre. L’Europe qui avait des siècles d’avance dans la connaissance vient d’en prendre quelques autres, en quelques années seulement, dans la conscience.

Albert Camus, États-Unis, mars à mai 1946
in Journaux de voyage
Gallimard, 1978

#52

15 heures. Départ. La mer est belle. Une femme de marin, en grand deuil, court maladroitement le long de la jetée accompagnant le bateau avec des gestes d’adieux. La dernière image de la France est celle d’immeubles détruits, tout au bord de cette terre blessée.

Albert Camus, États-Unis, mars à mai 1946
in Journaux de voyage
Gallimard, 1978