Category Archives: Sylvain Tesson

#121

Dans la tradition chinoise, des vieillards se retiraient dans une cabane pour mourir. Certains avaient servi l’Empereur, occupé une charge gouvernementale, d’autres étaient fins lettrés, poètes, simples ermites. Leurs cabanes se ressemblaient. L’emplacement répondait à des canons précis. L’abri devait se tenir sur une montagne, rafraîchi par une source d’eau. Le vent y caressait un buisson. Parfois la vue portait vers la vallée où s’agitaient les hommes. La fumée d’un encens aidait le temps à passer. Le soir, un ami surgissait. On l’accueillait avec un verre de thé et des paroles retenues. Après avoir voulu agir sur le monde, ces hommes se retranchaient, décidés à laisser agir le monde sur eux. La vie est une oscillation entre deux tentations.

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie
Gallimard, 2011

#120

Dans Qu’est-ce que je fais là ? Bruce Chatwin cite Jünger qui cite Stendhal : « L’art de la civilisation consiste à allier les plaisirs les plus délicats à la présence constante du danger. » Voilà un écho à l’injection de Reclus. L’essentiel est de mener sa vie à coups de gouvernail. De passer la ligne de crête entre des mondes contrastés. De balancer entre le plaisir et le danger, le froid de l’hiver russe et la chaleur du poêle. Ne pas s’installer, toujours osciller de l’une à l’autre extrémité du spectre des sensations.

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie
Gallimard, 2011