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Dans la tradition chinoise, des vieillards se retiraient dans une cabane pour mourir. Certains avaient servi l’Empereur, occupé une charge gouvernementale, d’autres étaient fins lettrés, poètes, simples ermites. Leurs cabanes se ressemblaient. L’emplacement répondait à des canons précis. L’abri devait se tenir sur une montagne, rafraîchi par une source d’eau. Le vent y caressait un buisson. Parfois la vue portait vers la vallée où s’agitaient les hommes. La fumée d’un encens aidait le temps à passer. Le soir, un ami surgissait. On l’accueillait avec un verre de thé et des paroles retenues. Après avoir voulu agir sur le monde, ces hommes se retranchaient, décidés à laisser agir le monde sur eux. La vie est une oscillation entre deux tentations.

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie
Gallimard, 2011

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