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Des enfants plongent ou pêchent depuis les tables de grès jaune qui affleurent. Au dévers d’une dune de sable blanc, des femmes descendent vers la rive. La soie émeraude sur leur corps, rendue plus étroite par le vernis de l’eau, colle à elles comme une peau. Les baigneuses pudiques sont des nudités qui sortent du fleuve laquées et scintillantes, au pas lourd de statues remontant vers la grève. A cette saison des basses eaux, on cultive les bancs d’alluvions au milieu du fleuve, légumes et fleurs mauves du curcuma. Des jardiniers promènent des arrosoirs en fer. Odeurs de bois brûlés, fumées légères. Hachures des montagnes bleues à l’horizon. Comme si tout cela voulais ressembler déjà à un dessin chinois.

Patrick Deville, Kampuchea
Seuil, 2011

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