Charif Majdalani

#141

Ils apparurent aux premiers jours de l’automne. Et si je dis qu’ils apparurent, c’est parce que j’ai toujours eu l’impression que l’apparition était une des modalités de leur  être. Sur les terres où ils s’installent, dans la plaine, aux abords des cités, autour des champs cultivés, ils ont le don savant et miraculeux de ne jamais se faire annoncer ni attendre. La veille, les terres sont vierges, la vue est immense, et il n’y a rien ni personne, et le lendemain, à l’aube, ils sont là, soudain matérialisés, transportés tels quels, dirait-on, et posés là par quelque djinn de lampe à huile sous l’apparence d’une ou deux tentes dressées, leurs portes de peau de chèvres levées bien haut comme des baldaquins, et tout autour, déjà, ce qui ressemble aux alluvions déposés par une longue sédentarisation, des bassines et de la vaisselle déballées partout, du linge qui sèche et des enclos pour les chèvres.

Charif Majdalani, Histoire de la Grande Maison
Seuil, 2005

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